Nous nous retrouvons aujourd’hui à cette conférence annuelle de l’OFEM dans un contexte marqué par de fortes incertitudes, en particulier sur le plan géopolitique et économique. Avant les échanges qui vont suivre, je voudrais partager quelques observations sur la situation des entreprises, leurs conditions de financement, et les points de vigilance qui en résultent pour nous à la Banque de France.
I – La première observation c’est que nos entreprises disposent de fondamentaux solides et s’inscrivent dans un cadre macro-économique plutôt robuste pour aborder le nouveau choc provoqué par l’offensive américaine contre l’Iran.
Nos entreprises se sont montrées remarquablement résilientes face aux multiples chocs récents (Covid, Ukraine, guerre commerciale américaine). Selon les bilans et les comptes de résultat 2024, qui sont les plus récents dont nous disposons de façon exhaustive, les taux de marge ont résisté et la trésorerie est demeurée solide, se situant à des niveaux supérieurs à la période pré Covid en moyenne. En parallèle, les taux d’endettement ont baissé, découlant notamment d’un renforcement des capitaux propres. Banque de France 23/04
Catastrophes naturelles : pourquoi le système d’assurance français vacille
Inondations à répétition, sécheresses à rallonge, tempêtes violentes… La facture climatique s’alourdit dangereusement. Sous pression, le système d’assurance français doit désormais se réinventer pour durer, selon la Cour des comptes.
Face à une explosion des coûts liés aux sinistres climatiques, la Cour des comptes appelle « à agir dès maintenant » pour préserver la soutenabilité du régime d’indemnisation des catastrophes naturelles (Cat-Nat). Imaginé en 1982, le dispositif couvre les sécheresses, les inondations, les séismes et les vents cycloniques. Dans leur rapport, les Sages décrivent un système « à l’efficacité indéniable », qui « assure une mutualisation des risques entre les assurés, une solidarité entre les territoires et garantit une indemnisation rapide, pour un coût encore contenu ». L’info durable 29/04
Cour des comptes – rapport : L’assurance des catastrophes naturelles : un enjeu de soutenabilité financière
Sanctions internationales : guide pratique de conformité pour les entreprises françaises
1. Introduction : pourquoi les sanctions vous concernent
Les sanctions internationales affectent directement la majorité des entreprises qui commercent à l’international en 2026. Un virement de 50 000 euros vers la Russie, une lettre de crédit via une banque américaine, ou un client iranien qui vous commande des composants électroniques peuvent déclencher des enquêtes redoutables.
Pourquoi ? Parce que l’extraterritorialité s’applique. Les sanctions américaines via l’OFAC s’appliquent à toute transaction passant par le système financier américain. Les sanctions européennes s’imposent à tous les opérateurs sur le territoire de l’UE. Les listes de l’ONU lient les États dans leurs obligations internationales. Victoris Avocats 21/04
Le Clusif publie ses premières recommandations pour sécuriser les usages de l’IA
La shadow IA prolifère dans les organisations, les collaborateurs alimentent des outils grand public avec des données sensibles, et la plupart des RSSI gèrent ce sujet sans cadre de référence stabilisé. Le Clusif publie un premier livrable du groupe de travail « Utilisation sécurisée de l’IA en organisation » : un guide de priorisation des premières mesures de sécurité, organisé selon trois postures opérationnelles types, délibérément conçu pour être activable sans transformation lourde et intégrable dans un cadre GRC existant.
Le groupe de travail à l’origine de ce livrable, fondé fin 2025, réunit des RSSI, des juristes, des consultants et des risk managers issus de grands groupes privés, parmi lesquels Sanofi et Suez. Sa composition reflète un choix méthodologique assumé : la sécurisation des usages IA relève simultanément du droit, de la technique, de la gestion des risques et du management des fournisseurs. IT social 13/04
Clusif : Sécurisation des usages de l’IA en organisation
« C’est comme un sport de haut niveau » : la gouvernance, cette discipline qui renforce robustesse et cohérence en entreprise
La condamnation de Lafarge pour financement de terrorisme rappelle l’importance cruciale d’une gouvernance d’entreprise rigoureuse. Face aux crises multiples, les entreprises doivent plus que jamais rigoureusement cartographier leurs risques et repenser leurs pratiques pour garantir transparence, éthique et résilience, tout en s’adaptant aux défis contemporains.
Le jugement est tombé lundi dernier. Le tribunal de Paris a reconnu Lafarge et huit anciens responsables coupables de financement de terrorisme en 2013 et 2014, pour avoir payé des groupes jihadistes afin qu’ils laissent tourner une usine lors de la guerre en Syrie. Comment diable le cimentier, condamné à une amende maximale de 1,125 million d’euros, a-t-il pu aller aussi loin ?
La retentissante compromission de cette grande entreprise est illustrative de l’absence flagrante, en son sein, d’une bonne architecture de gouvernance. Pourtant, depuis le scandale Enron, il y a vingt-cinq ans, et quelques autres qui ont suivi, la mise en oeuvre des codes de gouvernement d’entreprise pouvait laisser penser que le système capitaliste était à l’abri de tels déboires. Les Echos 15/04
Reporting durable : les grandes entreprises françaises menacées de devoir tout reprendre à zéro Après avoir investi pour se conformer aux exigences du reporting de durabilité européen, les grandes entreprises françaises pourraient devoir repartir de zéro. Une proposition inattendue du normalisateur international ISSB menace de remettre en question deux ans de travail.
Après deux ans d’efforts et d’investissements considérables pour respecter les règles de reporting de durabilité européennes, les groupes français pourraient avoir à tout recommencer. Une situation d’autant plus irritante qu’elle pourrait paradoxalement bénéficier à leurs concurrents européens implantés dans des pays qui n’ont toujours pas transposé la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). Les Echos 17/04
Le droit économique à l’épreuve des crises géopolitiques : un instrument de résilience juridique. L’intensification des tensions géopolitiques contemporaines consacre une mutation profonde de l’environnement économique international. Les crises régionales, notamment au Moyen-Orient et en Europe de l’Est, ne se limitent plus à produire des effets circonscrits aux zones de conflit ; elles engendrent des perturbations systémiques qui affectent les chaînes d’approvisionnement, les marchés financiers et, plus fondamentalement encore, les cadres juridiques qui structurent les échanges.
La multiplication des mesures d’interdiction, le blocage des détroits stratégiques et la volatilité des cours des intrants transforment l’aléa politique en un risque juridique majeur pour l’entreprise. Village de la justice 09/04
L’IA et le travail : la promesse de productivité au défi de la formation et de la cohésion sociale
Rarement une technologie aura suscité simultanément autant d’enthousiasme et autant d’angoisse. D’un côté, des promesses de gains de productivité sans précédent depuis les années 1970 ; de l’autre, le spectre d’une compression des débouchés pour une génération entière de jeunes diplômés. Ces deux réalités ne sont pas contradictoires. Elles dessinent ensemble l’équation fondamentale de notre époque : l’IA est un amplificateur — de valeur pour ceux qui s’y préparent, d’inégalités pour ceux qu’on laisse de côté. Prendre la mesure de ce défi exige de suivre le fil qui va de la productivité à l’emploi, de l’emploi à l’organisation des entreprises, puis de l’organisation à une ambition collective de formation à la hauteur de l’enjeu. C’est ce parcours que cet article propose. Polytechnique insights 14/04
Dans cette section, découvrez le témoignage d’un consultant Arengi et/ou d’un chef de projet ArengiBox sur les coulisses d’une mission, un sujet d’actualité ou une expertise métier…
Nouvelle donne chinoise – 3 enjeux pour les risk managers français
Pendant des années, beaucoup d’entreprises européennes ont vu la Chine avant tout comme une grande base industrielle, un marché porteur ou un sujet de veille géopolitique. Cette lecture ne suffit plus aujourd’hui. La Chine fait désormais partie des grands pôles mondiaux d’innovation : elle figure dans le top 10 du Global Innovation Index 2025, compte 24 des 100 premiers clusters d’innovation au monde, a déposé 70 160 demandes internationales de brevets en 2024 – un record mondial – et ses dépenses de recherche et développement continuent de progresser très rapidement.
Cette montée en puissance se voit aussi dans l’industrie. La Chine représente environ 85 % des capacités de production de la filière solaire, 80 % de celle des batteries lithium-ion, et elle a installé 295 000 robots industriels en 2024, soit plus de la moitié des déploiements mondiaux. Elle occupe donc une place centrale dans de nombreuses chaînes de valeur critiques.
Pour les entreprises françaises, la conséquence est claire : la Chine n’est plus seulement un sujet d’achats ou d’exportation. Elle est devenue à la fois un concurrent technologique, une source de dépendance opérationnelle et un enjeu direct de continuité d’activité.
1. Ramener le “risque Chine” à des dépendances concrètes
La première erreur serait de traiter la Chine comme un simple sujet géopolitique ou macroéconomique. Pour un risk manager, le bon niveau d’analyse est beaucoup plus concret : il faut regarder les produits, les composants, les fournisseurs de rang 2 ou 3, les sites critiques, les matières stratégiques ou les technologies difficiles à remplacer.
La Commission européenne a identifié 204 produits relevant de dépendances sensibles pour l’Union européenne, et la Chine y occupe une place centrale. Côté français, le constat est tout aussi clair : en 2024, le déficit commercial avec la Chine atteignait encore 47 milliards d’euros.
Autrement dit, beaucoup d’entreprises pensent avoir une exposition limitée à la Chine, alors qu’elles en dépendent en réalité bien davantage à travers leurs intrants, leurs équipements, leurs composants ou leurs flux logistiques. La priorité n’est donc pas de parler du “risque Chine” de manière abstraite, mais d’identifier précisément où se situent les vraies dépendances et les points de fragilité.
2. Revoir les scénarios de continuité avec une vision plus large du risque
La deuxième priorité consiste à élargir la manière de penser les ruptures. Le risque lié à la Chine ne se traduira pas forcément par un dommage matériel classique. Il peut prendre la forme d’une restriction à l’export, d’un changement réglementaire, d’une rupture d’approvisionnement, d’une hausse tarifaire, d’un blocage logistique, d’une cyberattaque chez un fournisseur clé ou d’une difficulté soudaine à remplacer un composant essentiel.
Dans plusieurs chaînes critiques, la concentration est telle qu’il serait très difficile de compenser rapidement une rupture de l’offre chinoise. Pour les entreprises, cela signifie qu’une dépendance mal connue peut devenir très vite un problème de continuité d’activité, de marge ou de capacité à servir les clients. Les risk managers doivent donc revoir leurs plans de continuité, leurs hypothèses de substitution, leurs niveaux de stock, leurs clauses fournisseurs et leurs couvertures d’assurance. L’enjeu est simple : ne plus partir du principe qu’une rupture sera courte, localisée ou facilement assurable.
3. Clarifier ce qu’il faut préserver, ouvrir ou arbitrer
Le troisième chantier est un sujet de gouvernance. La bonne réponse n’est ni le retrait généralisé, ni le statu quo. Elle consiste à distinguer clairement ce qui peut rester ouvert, ce qui doit être protégé et ce qui doit être arbitré au niveau de la direction générale.
Il peut rester pertinent de coopérer avec la Chine sur certains marchés, certaines capacités industrielles ou certains écosystèmes d’innovation. En revanche, il devient risqué de ne pas avoir de doctrine claire sur les actifs critiques : propriété intellectuelle, données sensibles, composants à usage stratégique, approvisionnements structurants ou technologies cœur. La Chine n’est plus seulement un fournisseur compétitif ; elle est aussi devenue un acteur majeur de l’innovation et de la puissance industrielle. Dans ce contexte, le rôle du risk manager est d’apporter au COMEX une vision très concrète : quels flux dépendent de la Chine, lesquels peuvent être remplacés rapidement, quels actifs doivent être protégés en priorité, et quelles coopérations peuvent être maintenues sans affaiblir la résilience du groupe.
Finalement, la vraie question n’est plus : “Avons-nous une exposition à la Chine ?” Elle est devenue : “Sur quoi sommes-nous dépendants, à quel degré, avec quelle capacité de substitution, et avec quelle doctrine de protection ?” C’est à cette condition que la Chine cessera d’être un angle mort du risk management pour devenir un objet de pilotage stratégique.
Robin GRANIER Manager
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